Pauvre Humanité

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Hier est arrivé un chose terrible.

On m’a volé ma dignité.

A 100m de chez moi au détour d’une rue, en plein centre ville Lyonnais.

Deux hommes s’en sont chargés. Deux hommes inconnus. Deux hommes différents. En quelques pas.

Par leurs commentaires, en à peine dix secondes, ils m’ont dévalisés. M’ont laissée vide. Dans la rue. M’ont laissée nue.

Je suis restée coi, pendant un court instant. Surprise d’être ainsi perçue de si bon matin. Une fois la première surprise passée, une immense rage a éclatée. J’ai hurlé. Au milieu de la rue. J’ai hurlé pour savoir quand pourrais-je enfin marcher sans être bousculée ? sans être violentée ? sans être déshabillée ? Quand pourrais-je porter ce qui me convient sans remarques déplacées et sans insultes ?

Et là, j’ai fermé mon manteau. J’ai remonté le zip jusqu’au cou… J’ai cédé.

C’est horrible.

Je refuse d’être leur victime. Je refuse d’être une chose. Je refuse d’être leur chose.

Et pourtant, j’ai fermé mon manteau. De peur d’avoir à subir un troisième affront. Pour sauver le peu d’amour propre que je pouvais encore contenir en moi.
Et j’ai fui. Lamentablement.

Et je m’en veux.

J’en ai parlé autour de moi, à quelques amis proches.
Personne ne m’a dit qu’il m’était arrivé une chose terrible. Personne ne m’a demandé comment j’allais.

Et je n’accable personne. Je sais que cette violence est un lot quotidien qui ne surprend plus. Mais je ne veux pas que cela reste ainsi. Pourquoi devrait-on s’habituer à être ainsi humiliée ? Pourquoi devrait-on devenir des femmes sans honneur ? des femmes sans fierté ? des animaux avec des œillères, qui supportent sans broncher les réflexions déplacées de quelques crétins immatures et primaires ?

Des hommes me volent ma dignité chaque semaine dans l’indifférence générale. Parfois même ma propre indifférence.

C’est une façon de se protéger, l’indifférence. C’est une façon de rester digne dans son corps de femme. Malgré les insultes et malgré les coups.

Mais je ne veux plus être indifférente !

Et aujourd’hui, ma rage est encore plus grande.

Parce que j’ai culpabilisé. Parce que je n’ai pas su leur répondre et les saisir, eux et leur fierté de sexistes. Parce que j’aurai voulu trouver les mots pour faire taire leurs violences !

Ce n’est plus possible ! Je ne serai plus jamais indifférente !

On nous dit que le monde avance. Que les progrès scientifiques font des bons. Mais moi, à travers ça, je ne vois que des machos obsédés croupissant en des temps révolus. Il serait plus que temps de nous unir et nous mobiliser contre ces hommes retardés et manifestement limités qui nous polluent pour des raisons qui me restent obscures.

Messieurs, je vous vomi.

Parce qu’hier, j’ai fermé mon manteau.
Parce qu’hier, j’ai cru qu’être une femme était une tare.

Source Photographique :

http://www.meltycampus.fr/belgique-une-etudiante-en-cinema-filme-le-machisme-ordinaire-a121786.html

Textes en lien :

http://morphinisme.tumblr.com/post/51590308162/jen-ai-chie-pour-vous-viande-a-viol

KAMEL DAOUD, un écrivain et journaliste algérien :
                      « À qui appartient le corps d’une femme ? À sa nation, sa famille, son mari, son frère aîné, son quartier, les enfants de son quartier, son père et à l’État, la rue, ses ancêtres, sa culture nationale, ses interdits. A tous et à tout le monde, sauf à elle-même. Le corps de la femme est le lieu où elle perd sa possession et son identité. Dans son corps, la femme erre en invité, soumise à la loi qui la possède et la dépossède d’elle-même, gardienne des valeurs des autres que les autres ne veulent pas endosser par (pour) leurs corps à eux. Le corps de la femme est son fardeau qu’elle porte sur son dos. Elle doit y défendre les frontières de tous, sauf les siennes. Elle joue l’honneur de tous, sauf le sien qui n’est pas à elle. Elle l’emporte donc comme un vêtement de tous, qui lui interdit d’être nue parce que cela suppose la mise à nue de l’autre et de son regard. Une femme est femme pour tous, sauf pour elle-même. Son corps est un bien vacant pour tous et sa mal vie à elle seule. Elle erre comme dans un bien d’autrui, un mal à elle seule. Elle ne peut pas y toucher sans se dévoiler ni l’aimer sans passer par tous les autres de son monde, ni le partager sans l’émietter entre dix mille lois. Quand elle le dénude, elle expose le reste du monde et se retrouve attaquée parce qu’elle a mis à nu le monde et pas sa poitrine. Elle est enjeu mais sans elle. Sacralité mais sans respect de sa personne. Honneur pour tous, sauf le sien. Désir de tous mais sans désir à elle. Le lieu où tous se rencontrent mais en l’excluant elle. Passage de la vie qui lui interdit sa vie à elle. Femen donc. Ou lapidée. Ou violée. Butin de guerre et de sang. Nom de tous sans non à elle. Espace de la violence des autres contre sa maternité à elle. Là où elle donne vie au monde, le monde lui donne mort. Elle est l’objet de jalousies des dieux d’autrefois et des névroses d’aujourd’hui. Deux seins nus sont donc un crime contre l’humanité voilée et une guerre nue sont seulement mille images de l’actualité. Tout semble changer dans le monde sauf les yeux sur la femme et la femme sous le regard. Étrange rencontre de l’humanité et de son contraire, le corps de la femme est le reproche fait au monde par le djihâdiste et le lieu du mauvais souvenir pour les autres intégrismes du monde. Il faut tuer la femme dans les femmes. Cela nous laissera un monde sans seins et sans corps. Désincarné et pur. Pour en faire quoi ? Le souvenir d’un veuf face à une fenêtre sans vue. »
 
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2 commentaires

  1. Que t’ont t’il dit exactement ? Que leur répondras tu la prochaine fois ? Que feras tu ?
    J’imagine à quel point ça pourrait me foutre en rage également.
    Heureusement, tous les hommes ne sont pas comme ça, mais ça n’empêche pas qu’il y ait des cons/machos et surtout qu’ils se fassent remarquer.

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